L’accumulation, ou l’art d’en faire trop juste comme il faut

Je vais être claire : tout est plus beau en collection.

Un bougeoir, c’est joli.

Dix bougeoirs, c’est un décor.

Un pichet en terre vernissée, c’est charmant.

Six pichets réunis sur une étagère, ça commence à raconter quelque chose.

Vous l’avez ?

En somme l’accumulation, c’est un peu le manifeste de l’anti-radin et probablement le pire cauchemar du psychorigide.

Il y a ceux qui rangent. Ceux qui trient. Ceux qui considèrent qu’au-delà de trois objets posés sur une console, « ça fait chargé » voire « bordélique ».

Et puis il y a les autres.

Ceux qui pensent que six bougeoirs valent mieux qu’un. Que douze verres dépareillés ont tellement plus d’allure qu’un service parfaitement coordonné. Qu’une pile d’assiettes anciennes est déjà, en soi, un décor.

J’en fais bien évidemment partie.

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L’accumulation est même probablement l’une de mes façons préférées de décorer. À condition de ne pas confondre accumulation et entassement. La frontière est mince. Et parfois, elle tient à un bougeoir près, euh un détail près.

Le secret : trouver le fil rouge

Pour qu’une accumulation fonctionne, il faut qu’un élément rassemble les autres.

Cela peut être une matière : le laiton.

Une couleur : une collection de faïences blanches.

Une fonction : uniquement des pichets.

Une forme : une multitude de plats ovales.

Et surtout, on évite le « trop parfait ». Les hauteurs différentes, les patines, les petits défauts, les époques qui se mélangent : c’est précisément ce qui donne du rythme et du caractère.

Finalement, une accumulation réussie ressemble beaucoup à une maison que j’aime : elle ne s’est pas décorée en un week-end.

Elle s’est construite avec le temps, les trouvailles et quelques obsessions. « -Ah tu te souviens quand on a chiné ça ! on était en vacances en Italie » ou « Ça c’est Bonne Maman qui les adorait » ou encore « Ça c’était ma période Poissons… qu’est-ce que j’ai pu en chiner… »

Et si quelqu’un vous demande pourquoi vous avez besoin d’un douzième bougeoir en laiton…

Expliquez-lui que l’accumulation n’est ni une mode, ni une invention d’Instagram. On collectionne depuis toujours : des tableaux, des porcelaines, des livres, des coquillages, des objets parfois parfaitement inutiles (ceux qu’on préfère).

Des cabinets de curiosité de la Renaissance aux intérieurs de collectionneurs du XIXème siècle, l’objet a toujours raconté le goût, les voyages ou les obsessions de celui qui l’a choisi.